Desiderio Da Setignano – Buste d’enfant.

Je vous présente aujourd’hui l’histoire d’une sculpture réalisée pour le concours du Meilleur Ouvrier de France de l’année 1997.

Le sujet du concours était de reproduire à l’échelle 1, une sculpture de la renaissance italienne, faite par Desiderio da Settignano au 15ème siècle – l’oeuvre originale est exposée au Musée des Beaux Arts de Boston. Pour faire ce travail, j’ai acquis auprès du Musée du Louvre une copie en plâtre. La première chose à faire était de décider de l’emplacement de trois points de basement qui allaient permettre au pantographe de trouver une place définitive, à la fois sur le modèle et sur le marbre. La machine, appelée pantographe, se compose de tubes en laiton ajustables dans les trois directions de l’espace, au bout desquels une jauge permet d’établir la profondeur à atteindre pour « toucher » l’oeuvre originale. La reproduction se fait sur un bloc de marbre blanc statuaire de Carrare, que je suis allé choisir sur place. Un marbre immaculé issu de la carrière où Michel-ange venait choisir les siens. Le but est d’obtenir la plus grande précision possible dans la reproduction, la fidélité est de l’ordre du dixième de millimètre sur toute la surface de l’oeuvre. La jauge reproduit un certain nombre de points du modèle à sa copie ( je n’ai pas compté combien j’en avais pris) l’espacement entre deux points étant de l’ordre de 10 à 15 mm. Chacun étant libre d’en choisir plus ou moins, la précision étant bien sûr fonction du nombre de points de référence. Entre deux points, un espace qui peut sembler petit, mais qui est incommensurable pour le sculpteur, puisque il est seul juge de l’interpolation et du modelé à effectuer. Il m’a fallu environ 2000 heures de travail, sur une année complète, parfois 12 h par jour. Le jury ne m’a pas accordé le diplôme, mais j’ai obtenu une moyenne générale de 15/20. Ce qui m’a désservi a été non pas l’exécution, mais un choix  » non orthodoxe  » de ces fameux points de basement.

Soit dit en passant, si vous vous promenez dans les ateliers de Pietrasanta, vous verrez avec quelle « orthodoxie » les italiens les choisissent sans que cela nuise au rendu de l’oeuvre finale, puisque à la fin ces points sont effacés. Vous verrez sur ma galerie de photos, « Italie » les ateliers qui reproduisent toute sorte d’oeuvres, dont le fameux David de Michel-ange.

Bonne visite…

Pour commencer, je dois dégager le bloc de la masse de marbre de 350 kg, rapportée des carrières de Carrare en perçant des trous alignés au perforateur. Puis j’insère des coins métalliques pour faire éclater la pierre qui casse comme du verre. Chaque trou demande environ 25 mn, pour une profondeur de 30 cm.

le bloc est débité

L’image suivante vous donne l’avancement des travaux, plusieurs mois après, la réplique porte la machine à reproduire. A cette époque je n’avais pas encore l’atelier d’Eygalières, je travaillais dans la petite cour. On peut voir d’autres oeuvres en chantier comme la Vierge à l’Enfant en Brocatelle.

Dans la cour à Maussane

un mois sépare ces deux images

la chevelure s’esquisse…

La finition consiste en une planche de merisier et un pourtour épousant les formes du buste.

On distingue les deux points de basement « non orthodoxes », solidaires du socle mais indépendants de la sculpture, de sorte qu’il est aisé de les supprimer. Le troisième se situe dans la chevelure, au-dessus de la tête. Je suppose que les examinateurs n’ont pas apprécié que je dissocie les points de basement de l’oeuvre elle-même. Quoi qu’il en soit ils n’ont pas donné d’explication, bien sûr !


Voici la copie enfin terminée, prête à concourir.

Nous étions 14 à présenter le concours dans la section sculpture, 4 seulement ont été sélectionnés Meilleurs Ouvriers de France. Je dois préciser que je n’ai reçu aucune aide ni conseil de la corporation des MOF du département, ni aucune visite de courtoisie de la part des organisateurs bien que cela se fasse communément, dans les autres départements. J’ai assumé personnellement le nombre d’heures consacrées à ce travail, ainsi que les frais de transport, d’assurance et de présentation. Je reste malgré tout très satisfait d’avoir effectué ce travail pour mon seul compte et d’ avoir développé ma technique de sculpture en apprenant au travers des maîtres du passé.

3 réponses à “Desiderio Da Setignano – Buste d’enfant.”

  • Danielle Lamouri:

    Tu nous offres une fantastique gestation …on le voit naître ,ce petit garçon si vivant ..il se crée minutieusement devant nos yeux !
    Quelle précision ,une éclosion lente et mystérieuse de la vie qui sort du ventre de la pierre par l’art et la magie des mains qui le reçoivent .
    Merci à toi de nous ouvrir ainsi ton univers de sculpteur ..On est touché par l’essence -même de cette création ,si unique et intemporelle, d’une extrême exigence..
    une âme éternelle scellée dans la si belle pureté du marbre blanc .

    Cet enfantement est beau ,parfait, et mérite toute notre admiration . Ceux qui n’ont pas apprécié à sa juste et haute valeur …n’ont rien vu ni rien senti !

  • Franck j’ai qu’une seul chose à dire… magnifique, je te donne 20/20. :-)

  • Champalaune:

    Je suis enseignant et j’emmène mes élèves à Florence où nous verrons l’expo sur cet artiste de la renaissance(expo qui est passée au Louvre. Je suis impressionné par la qualité de votre travail . Bravo! Où vivez vous ? Peut être pourrai je voir et faire voir votre oeuvre à mes élèves?

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